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La
1ère crise d'angoisse
L'accident
en lui-même avait un vice caché, et allait
révéler tout son sens. Un jour où
Corinne renseignait un client sur des horaires, elle
sentit une vive douleur thoracique, exactement au
niveau du cur. Sa respiration s'accéléra
subitement, et des gouttes de sueur commencèrent
à ruisseler sur ses tempes. Corinne paniqua.
Jamais elle n'avait ressenti de tels phénomènes.
Persuadée qu'elle était en train de
mourir, comme ça, sans raison, et en plein
travail, le stress eut raison d'elle, et elle s'évanouit.
Brusquement, sous les yeux affolés de son client
et de ses collègues. Il ne s'agissait pas d'hypoglycémie.
Il ne s'agissait pas d'anémie, ni d'une autre
maladie physique. Non. Corinne venait juste de rencontrer
une partie de sa personnalité, une sorte de
vipère en hibernation réveillée
par l'accident anodin qui avait eu lieu quelques mois
auparavant. Le choc des deux véhicules avait
remué la vase des eaux troubles qui font partie
de ce que nous sommes tous : un mélange de
bien et de mal, de positif et de négatif, de
clair et d'obscur que nous tentons, chacun à
notre niveau, d'équilibrer. L'heure était
au remue-ménage intérieur et Corinne
vivait les premières manifestations de ce qu'on
appelle : une crise d'angoisse.
Les urgences de l'hopital
Elle arriva au service des urgences de l'hôpital
Saint Joseph en grande pompe. Le brancard traça
son passage en un éclair, et Corinne se retrouva
dans un box, comme pour les chevaux, une petite salle
de soins juste pour elle. L'électrocardiogramme
dura une petite minute, et à chaque fois que
Corinne ressentait des douleurs dans la poitrine elle
pensait : " Je suis branchée, ça
va se voir sur l'électro. Ils vont enfin savoir
ce que j'ai vraiment ". L'infirmière 2
arrêta la machine, dit : " Ça y
est, c'est fini ", arracha le papier sur lequel
le cur de la cheminote avait écrit quelques
notes et ajouta : " J'apporte cela au médecin.
Il viendra vous voir après
L'Euphytose
Trente bonnes minutes et le médecin vint revoir
Corinne dans le couloir, et pour ce qu'elle avait,
il ne prit pas la peine de la remettre dans le box.
Les analyses de sang étaient bonnes, les radios
étaient bonnes. Corinne n'avait rien de physique.
Alors le médecin lui donna une ordonnance et
dit :
- Je vous ai prescrit quelque chose qui vous calmera,
vous verrez, cela vous fera du bien.
- Ah bon ? demanda Corinne en se redressant. Et c'est
quoi ?
- De l'Euphytose, c'est assez efficace.
Corinne ne put s'empêcher de rire. C'était
effectivement drôle, mais c'était surtout
les nerfs qui lâchaient. Elle poursuivit :
- De l'Euphytose ? Excusez-moi de rire mais je suis
déjà au Xanax moi
- Oui mais vous verrez, ce sera plus efficace que
le Xanax. Car l'Euphytose traite vraiment les symptômes.
- Ok, ok
merci bien.
Corinne se rhabilla avec ses vêtements qui étaient
dans un petit sac accroché au devant du lit.
On aurait dit un sac poubelle. Elle regarda l'heure.
Elle avait passé près de cinq heures
dans ce putain de service, pour se faire charcuter
les bras et récolter une boîte d'Euphytose.
" Euphytose, les petits bonbons aux plantes qui
ne font rien ", pensa Corinne, carrément
dégoûtée et frustrée. Tout
ce temps pour ça. Elle avait honte, car elle
réalisait qu'on l'avait un peu mise de côté
tout l'après-midi parce qu'elle n'avait rien.
Tout le monde avait vite compris qu'elle n'avait rien.
Elle n'avait été qu'une angoissée
supplémentaire !
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Papillon
Corinne voulait vivre ! Sortir de ce cocon pourri dans
lequel elle étouffait. Un liquide infecte et
nauséabond dans lequel Corinne infusait comme
un vulgaire sachet de thé. Il n'y avait plus
de place là-dedans et elle ne voulait pas mourir
morte née. Devenir un papillon. Voler loin et
foncer. Un papillon ça ne vit pas longtemps,
mais c'est beau. Des milliers de fois plus qu'une vie
de merde.
Le coeur
Corinne se sentait incomprise, totalement. Elle n'était
pas folle : elle ressentait des symptômes étranges
et des fois, c'était sûr, son cur
oubliait des battements, puis accélérait
d'un coup comme pour rattraper son oubli.
Profiter
Se mettre un peu d'huile solaire sur le visage et penser
à quel point c'est bon d'être loin de sa
boîte de Xanax et des urgences, que la vie est
quand même plus belle seule que mal accompagnée,
et qu'un grand ménage dans son existence ou dans
sa propre tête vaut peut-être mieux qu'une
longue psychothérapie.
De
l'avant
Elle
savait aussi que dans des moments de déprime
ou de mal-être, il fallait se faire violence
et éviter de rester enfermée à
se lamenter. Eviter de se regarder le nombril. Aller
de l'avant.
L'enfer et le paradis
Si vivre sa vie et la construire autour du plaisir
et de la liberté était un pêché,
Corinne se sentait prête à entrer en
enfer. et que le paradis, avec ses fanfreluches, ses
trucs tout blancs, tout roses, ses anges avec des
ailes et ces fioritures plom plom à la guimauve,
cela devait être l'enfer
"Corinner"
- Au fond de moi, je voudrais sincèrement me
sortir de cette passe difficile, me sortir de mes
crises. Redevenir comme avant, lorsque je ne savais
même pas ce qu'étaient des crises d'angoisse.
Ça me parait impossible, et je ne vois aucune
solution à l'horizon, mis à part, peut-être,
de choper Alzheimer, ne plus me souvenir de rien.
- Et pourquoi tu ne " corinnerais " pas
? demanda Josiane.
- Comment tu dis ? " corinner " ?!? s'interrogea
Corinne, complètement subjuguée.
- Oui, " corinner ". Y'a des questions qui
n'ont pas vraiment de réponse. Tes crises d'angoisse
te dépassent et te bouffent, t'amènent
à commettre des actes irréparables.
Alors " corinne ", ma chérie ! Cesse
de vouloir contrôler cette partie de toi que
tu ne peux pas contrôler, justement. Fais-toi
confiance, lâche prise ! Sois toi-même,
" Corinne ", quoi !
- Corinne " corinne ".
- Oui, Corinne doit " corinner ". C'est
ta seule chance de t'en sortir !
- Alors je dois aller au Mexique ?
"Corinner
encore"
Elle voulait éviter
de chialer, et apprendre à " corinner
". Foncer : se faire confiance ; perdre le contrôle
; cesser de trop s'écouter.
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